La fenaison a démarré dimanche dernier, le 24 mai, avec un soleil de plein été et plus de 30 °C sur Chaveroche. Les premières bottes sont rentrées sèches, ce qui n'arrive pas toutes les années.
L'occasion de revenir sur un choix qu'on tient à la ferme depuis longtemps : ici, le fourrage du troupeau, c'est du foin. Pas d'ensilage, pas d'enrubannage, pas de préfané.
Du foin sec, pas de fourrage fermenté
Les fourrages humides conservés en milieu anaérobie (sous bâche, sous film, en silo) fermentent, et c'est précisément cette fermentation qui permet de les stocker plusieurs mois. Le problème, c'est qu'elle produit des acides organiques que le rumen des ruminants doit gérer en continu pendant tout l'hiver. Sur la durée, c'est exigeant pour le métabolisme des animaux, en particulier pour les brebis suitées et les vaches en finition.
Le foin, lui, est juste de l'herbe séchée au soleil. La digestion se fait sans contrainte particulière, comme à l'herbe pendant la saison de pâturage. Les bêtes mangent à leur rythme, le rumen travaille tranquillement.
Il y a aussi un point qu'on entend souvent, sans qu'on prétende l'avoir démontré nous-mêmes : la viande issue d'animaux nourris à l'ensilage aurait un goût un peu particulier, parfois marqué d'une note acidulée que tout le monde n'apprécie pas. On n'a pas la prétention de trancher le débat, mais on préfère ne pas avoir à se poser la question.
Le plastique, ce n'est pas automatique
L'autre raison, plus terre-à-terre, c'est le plastique. L'enrubannage, ce sont plusieurs couches de film étirable autour de chaque botte, à raison de quelques bottes par jour de ration pour un troupeau comme le nôtre. À l'échelle d'un hiver, ça finit par représenter une quantité de plastique qui pèse, à l'achat, à l'usage et au moment de s'en débarrasser.
À la Bergerie, on essaie d'en utiliser le moins possible. Concrètement, on s'en sert seulement pour bâcher les bottes stockées dehors quand les bâtiments sont pleins. C'est un usage ponctuel, et la même bâche fait plusieurs saisons.
Des bâtiments dimensionnés pour le troupeau
Pour pouvoir s'en tenir au foin, encore faut-il avoir de la place pour le ranger au sec. Nos hangars de stockage sont calibrés pour contenir environ neuf mois de ration pour l'ensemble du troupeau. C'est largement plus qu'il n'en faut pour tenir un hiver corrézien standard, et ça nous laisse une marge confortable en cas de printemps tardif ou d'été sec.
Quand la récolte est très généreuse et qu'il n'y a vraiment plus de place sous toit, on monte exceptionnellement quelques meules à l'extérieur, bâchées. C'est rare. La plupart des années, tout passe dans les bâtiments.
La campagne 2026
Cette année, on a démarré tôt, avec des conditions qu'on voit peu en mai : températures au-delà de 30 °C plusieurs jours d'affilée, ciel dégagé, vent sec. L'herbe avait juste ce qu'il faut de maturité, et le foin est rentré dans les meilleures conditions possibles.
On en a maintenant pour quelques semaines de coupes successives, au rythme de la pousse et de la météo. D'ici la mi-juillet, on devrait avoir l'essentiel de la ration d'hiver à l'abri.
Pour vous, ça veut dire des agneaux, des veaux et des bœufs Bio Limousin qui passeront l'hiver à manger un fourrage simple, sec, sans additif et sans plastique autour. Et de notre côté, la satisfaction de garder une cohérence entre ce qu'on annonce et la façon dont on fait tourner la ferme au quotidien.